La brièveté et la précision sont aussi les qualités d’Asli Erdogan. Elle est née en 1967 à Istanbul. Après des études de physique, elle est partie pour Rio “et depuis, précise son éditeur, elle voyage régulièrement à travers le monde”. Cette nomade écrit des poèmes et des romans. Le Mandarin miraculeux est son deuxième livre traduit en français, après La ville dont la cape est rouge (2).
Le ravissement d’Asli
Née en 1967 à Istanbul, Asli Erdogan a connu le Brésil après avoir fait des études de physique quantique en Turquie. Auteur de nouvelles et d’un roman, elle décide d’écrire La ville dont la cape est rouge à son retour de Rio en même temps qu’elle abandonne son métier d’enseignante à l’Université pour faire de la recherche. By Christine Ferniot (Lire)Christine Ferniot (Lire)
https://www.lexpress.fr/culture/livre/asli-erdogan-38-ans-turquie_810071.html
Le Mandarin Miraculeux
Une jeune femme erre dans les rues de Genève, la nuit. Il lui manque un œil. Elle est turque, mais surtout apatride. Après avoir fui nuit d’été. Il pleut à verse. Au fond dujardin apparaît une femme, les interdits et violences dont fut faite sa jeunesse, elle découvre la solitude de l’immigrée, de la femme orientale et mutilée, de l’amante éconduite. Son amant, Sergio, avec qui la ville était devenue un asile, l’a abandonnée. Elle n’a rien fait pour le retenir, par fierté, par peur aussi de s’abandonner, de donner et de perdre. Sans doute atelle vécu làbas une expérience qui lui a rendu l’amour dangereux. Aussiatelle vainement cultivé l’insensibilité, à tel point que le bonheur menacerait sa tranquillité « la tendresse, ditelle, brise parfois ceux qui en ont le plus besoin ». Mais, attachée à l’indépenetKhadjivad, les principaux personnages du théâtre d’ombres traditionnel turc. Dialogue silencieux permanent entre les diverses dance conquise durant ses jeunes années par le refus des règles imposées aux femmes de son pays, elle a cette lucidité : « Je suis incapable de dessiner la frontière qui sépare le désir de protéger de celui de régner ». Elle se méfie des hommes.
Et promène sa douleur et ses désillusions dans les rues mal famées de la propre Genève. Ce quar¬tier d’immigrés où la vie et la misère la renvoient à ses propres échecs. Le souvenir du Bosphore s’invite souvent dans ses escapades nocturnes. Elle n’est plus que nostalgie, un œil perdu comme une patrie, un œil ouvert sur l’obscurité. « L’amour a un dans ses certitudes. Au fur et à mesure que le jour baisse, la peur s’empare de la femme. Et les souvenirs resurgissent… La rencontre, d’un homme et d’une femme, d’un passé et d’un présent, cet œil de trop », ditelle. Régulièrement, elle s’arrête dans les cafés pour écrire et s’invente un double en tout différent, inspiré d’une superbe et étrange femme croisée dans un restaurant. Mais même ce double fictif sera rattrapé par la réalité, toujours brutale. La jeune Turque a fait de sa peur un mode de vie, faisant peur à son tour, à ceux que la différence menace, exhibant son œil bandé pour fortifier sa solitude.
Asli Erdogan, dans ce récit poétique, où la mélancolie joue le rôle du tragique, dépeint en impressionniste la détresse de l’immigré, étranger à lui même où qu’il soit. « By Par Mazarine Pingeot

